Avec un extrait de : Pierre et Jean, de Maupassant
Niveau : A Level
Objectifs : Argumenter ;
Analyser les formes de discours et les effets produits.
Activités : Distribuer le texte et faire repérer la question
initiale que se pose Jean.
Lire les deux dernières phrases du texte : Jean a-t-il trouvé une
réponse à sa question ?
Faire relire le texte et trouver les arguments en faveur du oui et du non comme
réponse.
Mettre en commun.
Relire le texte et repérer les différentes formes de discours
: le récit, le style direct, le style indirect, le style indirect
libre.
Mettre en commun et analyser les effets produits par cette alternance.
Discussion : que feraient-ils s’ils étaient à la place de Jean ?
Faire un débat autour du thème : l’argent fait-il le bonheur ?
Pour aller plus loin : www.chez.com/bacfrancais/pierre-et-jean.html
Extrait de Pierre et Jean, Maupassant, Bibliothèque de la Pléiade,
Gallimard.
Chapitre VIII.
Résumé de la situation : Pierre et Jean sont deux frères
qui s’entendent assez bien. Jean reçoit d’un ami de la
famille un héritage, ce qui éveille les soupçons de
Pierre : cet ami ne serait-il pas le vrai père de Jean ? Dans cet
extrait, Jean s’interroge et se demande s’il a raison d’accepter
cette fortune.
Et longtemps il médita, immobile sur les coussins, imaginant et rejetant
des combinaisons, sans trouver rien qui pût le satisfaire.
Mais une idée soudaine l’assaillit : - Cette fortune qu’il
avait reçue, un honnête homme la garderait-il ?
Il se répondit : « Non », d’abord, et se décida à la
donner aux pauvres. C’était dur, tant pis. Il vendrait son mobilier
et travaillerait comme un autre, comme travaillent tous ceux qui débutent.
Cette résolution virile et douloureuse fouettant son courage, il se
leva et vint poser son front contre les vitres. Il avait été pauvre,
il redeviendrait pauvre. Il n’en mourrait pas, après tout. Ses
yeux regardaient le bec de gaz qui brûlait en face de lui de l’autre
côté de la rue. Or, comme une femme attardée passait
sur le trottoir, il songea brusquement à Mme Rosémilly, et
il reçut au cœur la secousse des émotions profondes nées
en nous d’une pensée cruelle. Toutes les conséquences
désespérantes de sa décision lui apparurent en même
temps. Il devait renoncer à épouser cette femme, renoncer au
bonheur, renoncer à tout. Pouvait-il agir ainsi, maintenant qu’il
s’était engagé vis-à-vis d’elle ? Elle l’avait
accepté le sachant riche. Pauvre, elle l’accepterait encore
; mais avait-il le droit de lui demander, de lui imposer ce sacrifice ? Ne
valait-il pas mieux garder cet argent comme un dépôt qu’il
restituerait plus tard aux indigents ?
Et dans son âme où l’égoïsme prenait des masques
honnêtes, tous les intérêts déguisés luttaient
et se combattaient. Les scrupules premiers cédaient la place aux raisonnements
ingénieux, puis reparaissaient, puis s’effaçaient de
nouveau.
Il revint s’asseoir, cherchant un motif décisif, un prétexte
tout-puissant pour fixer ses hésitations et convaincre sa droiture
native. Vingt fois déjà il s’était posé cette
question : « Puisque je suis le fils de cet homme, que je le sais et
que je l’accepte, n’est-il pas naturel que j’accepte son
héritage ? » Mais cet argument ne pouvait empêcher le « non » murmuré par
la conscience intime.